sideris-15

PEU DE MOTS

 

Le haïku est forme et n’est pas forme. Tout ce qui est composé en dix-sept syllabes n’est pas forcément haïku. En poésie, cela pourrait bien être une épigramme. Ailleurs, ce n’est que des sensibilités, des réflexions ou des paroles formulées en dix-sept syllabes.

Le haïku est un mode poétique qui incarne l’expérience de l’instant révélateur. Un éclair dont l’éclat dans les ténèbres fait exister la nuit. Trois notes qui engendrent les cordes d’où elles naissent. Trois voix qui vident l’âme des mouches. Trois mouches attendant patiemment sur le mur les miettes de pain chaud.  Trois portes au milieu du lac qui, ouvertes ou fermées, ni ne séparent ni n’unissent des mondes distincts. Trois grains qui nourrissent trente siècles.

Le haïku est une expérience de rencontre entre sensation poétique et méditation zen. Son mode spécifique est la parole cruciale sans prétention. Qui fait clocher les précieuses rhétoriques criant ostensiblement : « Admirez-moi! Je suis poème! »

Si la vérité et la grâce se situaient au-delà de l’expérience, l’existence serait une vaine peine. Elles ne s’y situent pas.