Les enfants n’ont pas besoin de psychologues. Ils ont besoin de parents ! (Nikos Sideris)

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Chapitre II. Devant la réalité incommensurable


La famille n’est pas une crème – une masse homogène et indifférenciée, où tous sont pareils aux autres et personne ne se distingue des autres.(Une telle famille crée des enfants psychotiques.) Elle est un ensemble ordonne, un système régi par des règles. Ou certaines propriétés fondamentales de chaque membre sont si rigoureusement et formellement déterminées, que personne ne pourrait s’en débarrasser même si tel était sa volonté. Ainsi, un père est le père ; une mère est une mère ; un enfant un l’enfant déterminé et pas son père ni sa mère ni son frère ou sa sœur. Dans une famille, personne n’est ni de passage ni interchangeable ni remplaçable ni disposable eu égard a ses propriétés fondamentales, dictées par les systèmes symboliques tels que le relations de parente, la langue ou les lois. Ces propriétés symboliques garantissent l’existence inaliénable et ineffaçable d’un espace personnel qui assure l’existence du sujet contre tout hasard. Son prix est également évident : Personne ne saurait ne pas être soi-même – personne ne saurait se dérober de la place qui est la sienne en fonction de ses propriétés structurales. Si quelqu’un essaie ou il se trouve contraint de ne pas être la ou est sa place, le dysfonctionnement familiale et les souffrances de ses membres sont inévitables. Toute tentative d’ ignorer l’ incommensurabilité de la réalité (physique et sociale) au niveau de ces dimensions fondamentales aboutit a des dérèglements familiales et personnelles, voire a des manifestations pathologiques, qui touchent de façon préférentielle et cruciale les êtres en formation que sont les enfants.

L’incommensurabilité de la réalité familiale dicte des droits et des devoirs pratiques et moraux différents à chaque membre de la famille. Même aux moments où les parents « deviennent enfants » (jeu ou blagues), ils auront toujours la responsabilité d’avoir une vision de la situation autre que celle de l’enfant (sécurité des personnes et des objets au cours du jeu, temps d’arrêt du jeu etc.). Les parents-copains sont une calamité, en empêchant même l’enfant de nouer des amitiés authentiques en dehors du cercle restreint de la famille. Ignorer l’incommensurabilité de la réalité signifie ignorer la réalité tout court, avec des conséquences néfastes : Par exemple, un parent « redevient enfant » tandis que l’enfant se charge de diriger la famille sous les lamentations de l’autre parent « qui a encore un enfant à s’ en occuper »…

Pourquoi et comment arrive-t-on à ignorer ou « oublier » ou contourner l’ incommensurabilité de la réalité ,malgré les dysfonctionnements et les empêchements évidents qui en découlent ? Pourquoi arrive-t-on à vivre l’incommensurabilité structurante de la réalité comme une menace incommensurable ? Pourquoi une famille fait des tentatives de ne pas tenir compte de son incommensurabilité structurale, de la rendre plus « soft », de la « diluer », de la rendre « plus facile » a travers des « arrangements », des « dérogations », des « deals » et des « accords », des actes de séduction ou de « corruption »… ? Ce sera l’objet du chapitre suivant.