Les enfants n’ont pas besoin de psychologues. Ils ont besoin de parents ! (Nikos Sideris)

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Chapitre III. Jeux de pouvoir ou jeux observant des règles


Qui dit incommensurabilité, manque de symétrie, dit différence. Cela signifie que la personne A n’est pas la personne B (ou C etc.). Ainsi, à chacun quelque chose fait défaut, pour chacun il y a quelque chose qu’il ne l’est pas. Personne n’a tout, personne n’est tout. Quant tu es quelque chose, tu n’es pas d’autres choses et tu n’es jamais toutes les choses (determinatio negatio est – Spinoza).

Ce manque constitutif est un savoir admis de tous. Or, quand l’imagination et la passion entre en jeu, quant on se trouve face à des comparaisons, quant on se confronte à des plaisirs « unilatéralement inaccessibles », la psyché humaine ordinaire a tendance à se faire piéger dans la rivalité, de ne pas pouvoir garder de la distance…

Dans une famille, on se confronte constamment et intensément à des êtres et à des situations qui rappellent, souvent de manière pénible, à chacun les limitations de ses désirs, de ses paroles, de ses options, du poids de ses positions… Et cela dans des conditions affectivement et émotionnellement chargées, incommensurables, ou des décisions qui l’engagent sont prises parfois sans son accord ou malgré ses souhaits… Dans des conditions ordinaires – c’est-à-dire, dans le cadre de relations fondées sur le respect réciproque, l’ouverture affective, le dialogue et la raison – cette expérience n’est pas particulièrement gênante. Cependant, il y a des points qui ont une charge émotionnelle particulière pour chacun. Autour de ses points, les différences de place et de poids de la parole risquent d’être mal interprétées – de la part tant des petits que des grands. Typiquement, au commencement il y a un sentiment d’incompréhension de la part de l’autre. Cela évolue en sentiment d’injustice, de contrainte et de répression. Et finit dans l’impression que l’autre fait preuve de démonstration et d’exercice de pouvoir – ou « pouvoir » signifie imposition arbitraire de la volonté de l’autre , qui agit « selon son bon plaisir » en limitant ton propre plaisir. D’où tensions, invectives, accusations, amertume, malheur…

Quand les choses, les vécus et les imaginations prennent cette pente, les relations interpersonnelles risquent d’être perçus comme rapports de pouvoir, au sens de la domination arbitraire de l’autre. Ceci entraine des revendications de pouvoir, déclenchant des jeux de pouvoir qui occultent la réalité et enveniment les relations entre les membres de la famille. Le sentiment que le principe est « le droit du plus fort » transforme la représentation de la réalité en termes de domination. Ceci risque d’arriver beaucoup plus facilement quand il y a enfant – car présence d’enfant signifie surcharge affective et imagination débordante

Comment pourra-t-on éviter ces malentendus ? La réponse est que la famille pourrait être comparée a une équipe, dont le bon fonctionnement dépend de la bonne collaboration de tous entre eux et non de l’arbitraire de l’un ou de l’autre. Comme dans toute équipe, quant quelqu’un enfreint les règles de la coexistence, apparaissent des dysfonctionnements, des empêchements, des problèmes. Ainsi, pour qu’une famille fonctionne suffisamment bien (pas parfaitement), chacun de ses membres doit respecter les règles du jeu. Si chacun occupe sa propre place et respecte les règles, alors la famille pourra non seulement fonctionner et évoluer de façon suffisamment bonne, mais aussi faire face de manière constructive aux difficultés qu’elle rencontrera, en profitant même de l’adversité.

Le respect de la dignité et de la personnalité de chacun va de soi dans une famille. Or, Ceci est tres important l’égalité quant a la dignité humaine n’abolit pas, mais elle accompagne l’incommensurabilité des propriétés fondamentales et des places au sein d’une famille. [Exemples concrets ou la violation de ces principes entraina des conflits, tandis que le rétablissement de ses principes a rééquilibré la vie de la famille.]

Quant à la maison des règles ne sont pas respectées, tout dégénère. Quand une famille s’adresse à un psy « pour conseil », ceci est très important – faire la distinction entre familles qui peuvent respecter des règles (le conseil en est une…) et celles qui n’y arrivent pas (alors, « le conseil » est inutile, voire nuisible…). Dans le premier cas, les parents ordinaires d’un enfant ordinaire dans une famille ordinaire peuvent faire profiter la famille d’un tel conseil sans amener l’enfant au psy – puisque l’enfant a besoin de parents, et parents il y en a ! dans le deuxième cas, encore une fois cet enfant ordinaire n’a pas besoin de « psychologue » mais de parents : Il faut donc d’abord que les parents, avec l’aide du psy, arrivent a se positionner comme parents ; seulement ensuite on pourra porter un jugement valable si l’enfant a besoin de « psychologue ». Aussi, même dans les cas ou l’enfant a vraiment besoin de consulter, si les parents occupent solidement les places qui sont les leurs le déroulement de cette prise en charge aura beaucoup plus de chances d’être menée en bon terme.

Voila pourquoi, neuf fois sur dix, dans une famille ordinaire, l’enfant n’a pas besoin de « psychologue » Il a besoin de parents.

Comment les parents ordinaires peuvent-ils occuper solidement les places des parents ? Quels sont les obstacles a en surmonter ? Y a-t-il des consignes de validité générale ou, au moins, d’ applicabilité étendue ? Voici les questions que nous allons aborder maintenant.