Tradition et modernité

La société d’ un pays représente un système vivant, actif, évolutif, doué de capacités de mémoire et d’ anticipation. La dynamique de ce système fait constamment appel aux représentations et aux comportements ; c’ est-à-dire, elle met constamment en jeu les structures mentales caractérisant les divers acteurs qui agissent, ou qui s’ agitent, dans son cadre.

La tradition est quelque chose de l’ ordre de l’ héritage inévitable, surtout en termes de références et de structures mentales. Ainsi, tout discours et tout acte de modernité s’ inscrit forcément non seulement dans ses élaborations anticipatoires, mais aussi dans les contraintes traditionnelles. Ces contraintes exigent un important travail social, afin qu’ elles soient soit intégrées dans, soit dépassées par la modernité en cours — probablement, une partie des traditions de demain.

La tradition

En Grèce, cette dialectique entre tradition et modernité se développe dans un cadre historique de très longue durée et dans une conjoncture inédite pour le pays.

La très longue durée, la tradition donc, pourrait se résumer, schématiquement, bien sûr, en quelques éléments fondamentaux :

L’ horizon narcissique indépassable de l’ antiquité.

L’ héritage ambigu de Byzance (importance de l’ Eglise) et de l’ occupation ottomane (mélange de résignation et de révolte), qui pèsent lourdement sur la mentalité greque traditionnelle.

Les rapports de coexistence conflictuelle entre l’ influence de l’ Occident (version dominante de la modernité) et l’ Orient (composante essentielle du mode de vie et du fonctionnement, ou plutôt dysfonctionnement, des institutions modernes, ou modernistes).

Une histoire qui est marquée par l’ instabilité et les guerres succesives, donc par un sens aiguisé de l’ opposition et du conflit.

L’ arbitraire de l’ administration centrale et le respect, souvent très relatif, des lois et des règles du jeu, à tous les niveaux de la vie sociale et politique.